Nothing playing

[Intro — parlé, avec un sourire] Approchez, mes belles, approchez, messieurs, J’ai deux mains bien propres et des airs ingénieux. Je ne vole ni bagues, ni bourses, ni rubis… Enfin, pas seulement. Vous m’avez compris. [Couplet I] Au bal de la comtesse, un jeudi de novembre, Je vis un jeune homme aux yeux couleur d’ambre. Il m’offrit du vin, son nom, son avenir ; Je lui pris son cœur avant de repartir. Il jurait que mes yeux lui feraient perdre la tête, Je lui laissai ma rose, il me donna sa dette. Au matin, dans sa chambre, un silence de plomb : Il lui manquait le cœur ; moi, j’avais son ruban. [Refrain] Un cœur dans ma poche, un sourire aux lèvres, Je pars avant l’aube, avant que l’on se lève. Je prends ce qui bat, je laisse ce qui pleure, Je n’ai pas de remords, je n’ai pas de demeure. Un cœur pour la route, un autre pour demain, Le vôtre est si chaud, le mien est si loin. Ne me suivez pas, ne maudissez pas le sort : Je ne garde jamais ce que je vole aux morts. [Couplet II] À l’auberge du Loup, sous les poutres enfumées, Une veuve me conta ses années consumées. Elle avait dans la voix le bruit d’un vieux piano, Et dans sa poitrine un cœur lourd de sanglots. Je lui servis des mots que j’avais pris ailleurs, Des promesses en dentelle, des serments enjôleurs. Elle rit, elle rougit, puis me tendit la main ; Je lui pris son cœur, et commandai du pain. Le tavernier me dit : « Vous n’avez donc pas d’âme ? » Je répondis : « Mon brave, voilà bien tout le drame. J’en aurais une, peut-être, à vendre au prochain port, Mais je crains qu’elle ne soit déjà partie avec un mort. » [Refrain] Un cœur dans ma poche, un sourire aux lèvres, Je pars avant l’aube, avant que l’on se lève. Je prends ce qui bat, je laisse ce qui pleure, Je n’ai pas de remords, je n’ai pas de demeure. Un cœur pour la route, un autre pour demain, Le vôtre est si chaud, le mien est si loin. Ne me suivez pas, ne maudissez pas le sort : Je ne garde jamais ce que je vole aux morts. [Couplet III] Un capitaine borgne me barra le chemin : « J’ai perdu trois amours par ta faute, assassin ! Rends-moi ce que tu caches, rends-moi ce que tu prends ! » Je lui montrai mes poches : « Il est trop tard, mon grand. » Il tira son épée, je tirai ma révérence ; Il cria vengeance, je lui fis confiance : Je savais que les hommes, quand on flatte leur orgueil, Oublient leurs propres plaies pour vous offrir le seuil. Il me laissa passer, rouge de rage et de honte ; Je sifflai dans la nuit, sans même faire de compte. Trois cœurs sous mon manteau, six autres dans un sac… Et pas un seul regret pour me tirer en arrière. [Pont — la musique ralentit, presque tendre] On me demande parfois si l’un d’eux m’a touché, Si j’ai gardé, la nuit, quelque cœur sous ma clé. J’en ai bien vu trembler, j’en ai entendu battre, Mais je ne suis pas né pour m’asseoir près de l’âtre. L’amour est une porte ; je connais le verrou. Je sais l’ouvrir d’un doigt, puis disparaître au bout. Et si l’on me demande ce que j’emporte au fond : Un couteau bien aiguisé, et des poches sans fond. [Dernier refrain — plus vif, chœurs de taverne] Un cœur dans ma poche, un sourire aux lèvres, Je pars avant l’aube, avant que l’on se lève. Je prends ce qui bat, je laisse ce qui pleure, Je n’ai pas de remords, je n’ai pas de demeure. Un cœur pour la route, un autre pour demain, Le vôtre est si chaud, le mien est si loin. Le jour où vous me trouverez, n’accusez pas le sort : J’aurai pris votre cœur… et vous chercherez mon corps. [Outro — parlé, le luth s’arrête] Allons, ne faites pas cette tête. Il vous en reste un, non ? …Ah. Pardon.
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